Situation difficile au Burkina

Situation difficile au Burkina

Le Burkina Faso, diocèse jumelé avec le nôtre, a vécu en novembre des moments délicats de son histoire. Voici les dernières nouvelles. 

mardi 18 novembre 2014

Désignation du président de la transition : les choses n’ont pas été faites dans la complaisance

Comme prévu dans la charte, c’est un collège de 23 membres qui a désigné par consensus, le président de la transition. Un collège qui, après une réunion préparatoire dans la matinée du dimanche 16 novembre 2014, s’est retrouvé dans la soirée pour s’enfermer, à l’effet de désigner ce ‘’président aux qualités exceptionnelles’’. Et à la fin d’un conclave qui aura duré environ 10 heures, le dossier de Michel Kafando a emporté le prestigieux consensus.
                                               

Mais que faut-il comprendre par consensus ? Le consensus suppose en effet, que ‘’même si tu as une opinion contraire, dès lors que tes arguments n’ont pas pu convaincre les arguments majoritaires, tu dois te ranger’’. Le collège a dû préciser cela à l’entame de sa séance. Et c’est cela qu’il fallait obtenir sur la personne la mieux placée pour conduire la transition.

Cette clarification faite, le collège aurait tenu, avant de rentrer dans le vif dans travaux, à régler la question de savoir s’il était, lui-même, habilité à statuer. A cet effet, une vérification minutieuse en rapport avec les conditions fixées par la charte, a été faite sur la qualité des membres présents. Et cela a amené un des membres à se faire remplacer.

Tout a sérieusement commencé avec la présélection sur huit dossiers de candidature soumis. En effet, sur les trois candidats retenus à l’issue de cette première phase, deux étaient à égalité de voix : Mme Joséphine Ouédraogo a eu 21 points et M. Michel Kafando, 21 points également. S’en est suivie la phase d’entretien. L’atmosphère était celle de sérénité totale, a-t-on appris. Chacun des trois candidats est appelé à défendre sa candidature non seulement en déclinant ses compétences et qualités, mais surtout en précisant tout ce dont il est capable pour sortir honorablement le Burkina Faso de cette période transitoire de 12 mois. 
Et c’est là que le candidat finalement désigné a su ‘’frapper fort’’. « Si je suis retenu, je prône tout de suite et maintenant la rupture » aurait-il clamé. Et, semble-t-il, tapant du poing sur la table, M. Kafando aurait martelé, « je ne peux pas tolérer que des affaires comme celle de Guiro soient là ». « Je lutterai contre la corruption et l’impunité », aurait-il fini par conclure.

Du point de vue de l’intégrité, il aurait été des plus éloquents, en soulignant entre autres qu’il n’a pu finir sa villa que trente ans après la fin de ses études. C’est du moins, ce qu’il aurait déclaré sur son honneur. Et puis, on le sait habitué des couloirs internationaux, onusiens notamment. Son carnet d’adresses pourrait donc, espère-t-on, être mis à profit pour mieux conduire la transition.

Mais tout cela n’a pas emporté ipso facto le consensus. Des débats au cours desquels, les arguments de chaque candidat ont été pesés et sous-pesés, ont longuement eu cours. L’on rapporte que l’allure des débats donnait l’impression de croire que des gens allaient se rentrer dedans ; chacun tenant à défendre vaille que vaille ses points de vue. Un des membres du Collège rapporte : « Nous n’avons pas fait les choses dans la complaisance, ni dans l’esprit de copain. Pour nous, même si nous n’avons pas prêté serment, nous avons travaillé sur la base d’un sacerdoce ».
Au résultat, le consensus a été obtenu pour M. Michel Kafando, un retraité de 72 ans, qui fut journaliste, puis diplomate. Il devra incessamment se mettre à l’œuvre pour prouver ce dont il a dit être capable : conduire au mieux, la période de transition politique qui doit connaître son apothéose par des élections couplées, présidentielle et législatives en novembre 2015.

Fulbert Paré
Lefaso.net