A la suite du Christ, en marche vers Pâques : parcours 6


L’Évangile de ce jour nous conduit à Jérusalem, lors de la fête des Tentes, qui fait mémoire du séjour d’Israël au désert. Le passage de Jn 8, 51-59 s’inscrit dans une longue controverse commencée au chapitre 7. Les autorités religieuses, appelées « les Juifs », s’opposent de façon croissante à Jésus, jusqu’à vouloir le lapider. Au cœur de cet affrontement se trouve la question de son identité. Qui est-il vraiment ? À l’approche de la Semaine sainte, cet Évangile nous interroge. Qui est Jésus pour nous ? Et quelle place accordons-nous à sa Parole dans notre vie?


Répondant à ses interlocuteurs qui soulignent son jeune âge, Jésus prononce une parole solennelle : « Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham fût, moi, Je Suis. » Pour eux, cette affirmation est inacceptable. Jésus se situe par rapport à Abraham, le patriarche, dont la longue vie apparaît comme un instant, face à son existence, qui ne connaît ni commencement ni fin. Il est à la fois avant Abraham et présent avec lui. Ainsi, il se révèle plus grand que lui. Mais le scandale va plus loin. En disant « Je Suis », Jésus reprend le Nom révélé à Moïse : « Je suis celui qui suis » (Ex 3,14). Il ne se présente donc pas seulement comme un maître ou un prophète, mais comme le Dieu vivant, présent au milieu des hommes. Dans l’Évangile selon saint Jean, ce Nom revient à plusieurs reprises. Ainsi, lors de son arrestation, quand Jésus déclare : « Je Suis » (Jn 18, 5-8), les soldats reculent et tombent à terre. Avec ce titre, la révélation atteint son sommet. Pourtant, au lieu de l’accueillir, les Juifs le rejettent. Les paroles de Jésus sont perçues comme un blasphème et provoquent une tentative de lapidation. Ils veulent mettre à mort l’auteur de la vie. Déjà se profile l’heure de sa Passion, qui sera aussi celle de sa gloire.
Pour nous, marcher vers Pâques, c’est reconnaître en Jésus le Dieu vivant, qui vient à notre rencontre dans les Écritures, les sacrements, les personnes et les événements de notre vie.

L’Évangile s’ouvre sur une parole de Jésus, à la fois solennelle et déroutante : « Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un garde ma parole, jamais il ne verra la mort. » Ses interlocuteurs comprennent cette parole au sens physique. Elle leur paraît scandaleuse car Abraham, le père des croyants, et les prophètes eux-mêmes n’ont pas échappé à la mort. Dieu n’a soustrait aucun des siens à cette condition humaine. Dès lors, comment comprendre une telle affirmation ? Ils en viennent à penser qu’il parle sous l’emprise du démon. Mais Jésus parle d’une tout autre réalité. Il ne s’agit pas d’échapper à la mort biologique, mais de ne pas être atteint par la mort comme rupture avec Dieu. Garder sa parole, ce n’est pas seulement l’écouter pour ensuite l’oublier ; c’est l’accueillir, la méditer et en vivre concrètement. C’est se laisser transformer par elle, jusqu’à pouvoir dire, avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2, 20).

Ainsi, Jésus révèle le mystère de la vie éternelle. Celle-ci n’est pas seulement une promesse pour l’avenir ; elle commence dès maintenant. Celui qui accueille la parole du Christ entre déjà dans la vie de Dieu, une vie qui ne s’interrompt pas, même au moment de la mort.


Alors que le Carême touche à sa fin, nous entrevoyons déjà la lumière de Pâques à travers cet Évangile centré sur la vie : la parole de Jésus est source de vie ; le Nom divin est source de salut ; et Jésus lui-même échappe à ceux qui veulent le lapider, signe que la mort n’aura pas de prise sur lui. Que cette dernière semaine de Carême nous aide à suivre le Christ avec plus d’intensité, afin d’entrer, dès maintenant, dans la vie qui ne finit pas.


Quelques pistes pour la semaine

  • Méditer la Parole de Dieu ; garder une parole qui nous touche.
  • Relire nos journées ; discerner si nos choix sont guidés par l’Évangile.
  • Poser un geste concret ; mettre la Parole en pratique.