Que peut-on faire pour vous ?

A la suite du Christ, en marche vers Pâques : parcours 7
Notre parcours de Carême peut être comparé à celui de pèlerins en route vers une montagne. Pas à pas, nous avons suivi le Christ, apprenant à porter notre croix, à faire confiance au cœur même de l’obscurité, et à nous mettre à l’école de Joseph, homme accordé à la volonté de Dieu. Avec la Semaine sainte, nous arrivons au sommet. Le Triduum pascal s’ouvre alors comme un plateau lumineux où tout prend sens. Là, nous découvrons ce que signifie véritablement l’Heure de Jésus, et nous comprenons que le but de notre marche était d’apprendre à aimer et à servir par amour.
Méditation à partir de Jn 13, 1-15
1- L’heure de l’amour accompli
L’évangile de Jean emploie souvent des thèmes énigmatiques, dont celui de l’Heure mentionnée 26 fois. Le récit du Jeudi saint s’ouvre ainsi : « Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens … il les aima jusqu’à la fin ». Depuis le début de l’Évangile, cette « Heure » est attendue. À Cana, Jésus disait : « Mon heure n’est pas encore venue » (Jn 2,4). Durant son ministère, on tente de l’arrêter en vain « parce que son heure n’est pas encore venue » (Jn 7, 30 ; 8, 20). Chez Jean, l’« Heure » ne désigne pas un moment chronologique, mais le temps fixé par Dieu pour la pleine révélation de Jésus : sa Passion, sa résurrection et sa glorification.
C’est l’heure du don total où, sur la croix, Jésus révèle pleinement l’amour de Dieu. Paradoxalement, cette heure de la Passion est aussi celle de la gloire. Jésus ne subit pas la mort. Il donne sa vie librement, car il aime les siens jusqu’à l’extrême. L’Heure correspond au moment décisif où le sens de sa mission apparaît et où s’ouvre une relation nouvelle entre Dieu et l’humanité. Autrement dit, c’est le moment où, après avoir accompli sa mission de salut, il retourne vers le Père.
Pour nous, marcher à la suite du Christ, c’est apprendre à reconnaître nos propres « heures » ; ces moments où nous sommes appelés à aimer davantage et à nous donner, parfois dans l’épreuve, par des gestes connus de Dieu seul.
2- Servir comme le Maître : aimer jusqu’au bout
Alors que l’on s’attend au récit de l’institution de l’Eucharistie, l’Évangile de Jean raconte qu’au cours du repas, Jésus pose un geste qui n’est pas prévu dans le rituel de la Pâque juive : il se lève de table, dépose son vêtement, prend un linge et se met à laver les pieds de ses disciples. Ce geste, réservé aux esclaves non juifs, renverse les catégories. Le refus de Pierre se comprend donc parfaitement, car ce geste ne convient ni au Maître ni à ce moment du repas. Ce geste inattendu est bien plus qu’un exemple d’humilité. Il est prophétique. Le lavement des pieds anticipe toute la Passion. Ce que Jésus accomplit avec de l’eau le jeudi, il l’accomplira pleinement avec son sang le vendredi. Les gestes ont un lien évident avec la mort et la résurrection.
Déposer son vêtement évoque le dépouillement de la croix et le don de sa vie ; le reprendre annonce déjà la vie retrouvée. Ainsi, le lavement des pieds, la croix et l’Eucharistie obéissent à la même logique du don de soi. Ce qui apparaît comme une humiliation devient la révélation suprême de l’amour. C’est pourquoi Jésus appelle ses disciples à faire de même : « Si donc je vous ai lavé les pieds … vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres ».
Être disciple du Christ, c’est apprendre à servir comme lui. La vraie grandeur n’est pas d’être servi, mais de donner sa vie. Le Triduum pascal nous conduit ainsi au cœur de l’Évangile, révélant un amour qui se fait service jusque dans les gestes les plus simples. Puissions-nous passer de l’admiration à une véritable communion avec le Christ, afin d’entrer avec confiance dans sa Passion et de renaître avec lui à la joie de Pâques.
Quelques pistes pour la semaine
- Se laisser laver : présenter au Christ nos fragilités, accepter l’aide d’autrui avec simplicité.
- Servir humblement : gestes discrets d’écoute, d’aide et de pardon.
- Vivre pleinement le Triduum : participation active aux célébrations.
- Relire ses « heures » : identifier où aimer davantage.
Jean-Louis TINDANO