Que peut-on faire pour vous ?

Entretien avec l’abbé Philippe Guitart
Dans cet entretien, l’abbé Philippe Guitart, nouvel aumônier national des Scouts et Guides de France revient sur cette nomination, sa vision du scoutisme et les défis auxquels sont confrontés les jeunes aujourd’hui.
Depuis le 1er septembre 2026, l’abbé Philippe Guitart, prêtre de notre diocèse et curé de la paroisse Sainte-Trinité en Alaric, est le nouvel aumônier national des Scouts et Guides de France. Une mission nationale qu’il exerce à mi-temps, tout en poursuivant son ministère paroissial dans l’Aude et son engagement auprès des jeunes. Scout depuis son enfance et engagé depuis de nombreuses années dans le mouvement, il connaît bien les réalités du scoutisme et les enjeux de l’accompagnement spirituel des jeunes.
Communication diocésaine : Père Philippe, comment cette nomination s’est-elle mise en place ?
P. Philippe Guitart : Je n’avais pas imaginé cette mission. On m’a proposé de réfléchir à cette responsabilité parce que l’on me connaissait à travers mon parcours et mon engagement dans le mouvement. J’ai laissé mûrir cette proposition et j’ai ensuite demandé que les responsables du mouvement puissent en parler avec mon évêque. Lorsque j’ai échangé avec Mgr Bruno Valentin, il m’a indiqué qu’il ne s’opposait pas à cette nomination, à condition que je puisse rester curé de paroisse. Cela a été important pour moi.
J’ai finalement accepté parce que je crois profondément au scoutisme. Ma vocation de prêtre a grandi dans ce mouvement et j’ai toujours cru à ce qu’il peut apporter aux jeunes. Nous traversons une période qui n’est pas facile pour les jeunes : peur de l’avenir, changement climatique, solitude, rapport aux réseaux sociaux, aux écrans… Je pense que le scoutisme constitue une belle réponse à ces défis. C’est aussi un lieu privilégié pour faire découvrir l’Église et le Christ.
Communication diocésaine : Le scoutisme est donc, pour vous, un véritable lieu d’éducation humaine et spirituelle ?
P. Philippe Guitart : Oui. Le mouvement travaille notamment autour de quatre grands axes de progression et de développement du jeune : construire sa personnalité, éduquer les garçons et les filles, apprendre à vivre ensemble et habiter autrement la planète. C’est vraiment ce que cherche à promouvoir le mouvement. Les Scouts et Guides de France sont un mouvement catholique de jeunes, et non un mouvement de jeunes catholiques. C’est précisément ce qui m’intéresse.
Le message du Christ est ouvert à tous. Personne ne doit se sentir exclu. Rejoindre des jeunes qui sont loin de l’Église, se mettre à leur écoute, cheminer avec eux et leur partager notre joie d’être catholique : c’est notre fierté et c’est aussi un défi. Et ce défi ne peut pas faire l’économie de l’écoute et de l’accompagnement.
Communication diocésaine : Justement, comment accompagner les chefs et les cheftaines dans cette dimension spirituelle ?
P. Philippe Guitart : Beaucoup de chefs et de cheftaines me disent : « Nous sommes chefs parce que nous voulons transmettre des valeurs. Nous voulons transmettre des techniques d’animation, de construction, de jeu. Nous voulons apprendre aux jeunes à s’adapter, à vivre ensemble, à vivre dans la nature, à prendre soin de la planète… ». Mais la dimension spirituelle est parfois plus difficile, parce qu’il est difficile de travailler quelque chose que l’on ne maîtrise pas soi-même.
Alors je leur dis : ce qui vous est demandé, c’est d’abord de cheminer avec les jeunes. Écoutez leurs questions, leurs joies, leurs peurs. Essayez de les aider à trouver des réponses honnêtes.
Aujourd’hui, nous sommes dans un pays où de plus en plus de jeunes et d’adultes demandent quelque chose : ils demandent des repères, ils demandent à être préparés au baptême, à la confirmation. Il faut prendre leurs demandes au sérieux. Je leur dis aussi : les jeunes ont faim et soif. Ne les laissez pas mourir de faim et de soif, particulièrement sur le plan spirituel. Donnez-leur ce qui peut les aider à se construire, à trouver leur place dans le monde et dans l’Église.
Communication diocésaine : Dans cette nouvelle responsabilité, quel est précisément le rôle de l’aumônier national ?
P. Philippe Guitart : L’aumônier national accompagne la déléguée générale et la délégation générale dans leur responsabilité au sein de l’Église. Il accompagne aussi, ou veille à ce que soient accompagnés, les aumôniers, les chefs et les cheftaines dans leurs responsabilités.
Cet accompagnement spirituel est essentiel. L’aumônier national ne peut évidemment pas tout faire seul. Il a besoin des aumôniers territoriaux, des aumôniers de groupe, des Cléophas et des chefs et cheftaines sur le terrain.

Communication diocésaine : Vous avez souhaité conserver votre ministère paroissial. Pourquoi cet ancrage local est-il si important pour vous ?
P. Philippe Guitart : Je n’ai jamais apprécié les missions à plein temps lorsqu’elles risquent de nous déconnecter du terrain. Nous, les prêtres, nous avons besoin d’une vie paroissiale. Nous avons besoin d’avoir les mains dans le cambouis.
Être aumônier général à plein temps et se retrouver à Paris, un peu hors sol, m’a toujours fait peur. Lorsque j’ai déjà exercé des responsabilités nationales dans le mouvement, j’ai toujours souhaité garder un ancrage diocésain.
Cette mission à mi-temps à Paris et à mi-temps en paroisse est donc un vrai défi au niveau de l’agenda, mais je pense qu’elle est cruciale pour mon propre équilibre.
Quand on est uniquement mobilisé sur une mission nationale, avec des rassemblements qui se préparent parfois pendant un an ou un an et demi, il peut être difficile de vivre le retour à la réalité une fois l’événement terminé. Alors que lorsqu’on est en paroisse, on a d’autres défis, d’autres week-ends, une équipe pastorale, une communauté à accompagner. Cela permet de garder un équilibre.
C’était aussi une préoccupation et un souhait des évêques : permettre que cette mission puisse être vécue dans un équilibre entre responsabilité nationale et ministère local.
Communication diocésaine : Cette mission nationale peut-elle aussi être une chance pour votre paroisse ?
P. Philippe Guitart : Oui, je le pense vraiment. C’est aussi une chance pour ma paroisse de vivre cette ouverture.
La communauté chrétienne qui se réunit dans la paroisse Sainte-Trinité en Alaric peut bénéficier de cette dimension nationale. Je pense que c’est aussi cela, l’Église : ne pas porter les choses uniquement au niveau de sa paroisse, mais les vivre avec le diocèse, avec les paroisses et avec les mouvements.
Et quand je parle des mouvements de scoutisme, je ne parle évidemment pas uniquement des Scouts et Guides de France. Il y a d’autres mouvements de scoutisme. Il faut arrêter de nous opposer. Nous sommes tous au service de la même mission. Il faut rechercher la complémentarité.
C’est aussi une chance de porter cette responsabilité avec ma paroisse.

Communication diocésaine : Après quelques jours dans cette nouvelle mission, quel message souhaitez-vous adresser aux chefs, aux cheftaines, aux jeunes et aux familles ?
P. Philippe Guitart : Je leur parle de Jésus qui, pendant trente ans, a eu une vie ordinaire. Il était charpentier, il a appris le travail et l’amour du travail bien fait. Il habitait à Nazareth et menait une vie proche des gens, une vie d’écoute.
Il y a eu ce temps d’apprivoisement, où Jésus a vécu au milieu des hommes et des femmes de son temps avant de commencer ses trois années de vie publique.
Pour moi, c’est tout ce travail d’apprivoisement, d’accompagnement et d’écoute qui est important : comprendre qui sont les jeunes d’aujourd’hui, quelles sont leurs peurs, leurs défis et les changements qu’ils ont à opérer dans leur vie. C’est ce travail d’accompagnement que je demande aux chefs et cheftaines, aux aumôniers et aux Cléophas.
Communication diocésaine : Et quelle place les évêques ont-ils dans cette mission ?
P. Philippe Guitart : J’ai besoin des évêques. Si nous voulons que ce mouvement reste profondément catholique, cela ne peut pas reposer uniquement sur l’aumônier général.
J’ai besoin des évêques pour nommer des aumôniers territoriaux, des aumôniers de groupe et des prêtres capables d’écouter les jeunes, de les comprendre et de leur apporter ce cadeau qu’est Jésus-Christ : la découverte d’un Dieu qui les aime tels qu’ils sont et qui veut changer le monde grâce à eux.
J’ai aussi besoin des évêques pour encourager les laïcs et les prêtres des diocèses à s’engager dans les stages de formation. Ces stages sont des moments privilégiés où les jeunes peuvent grandir et où l’on peut aussi leur faire découvrir ce qu’est le message du Christ.
Communication diocésaine : Cette rentrée marque donc le début d’une nouvelle étape…
P. Philippe Guitart : Oui. Cette rentrée est particulièrement intense. Avec la prise de fonction au 1er septembre, la venue du pape et les différents rendez-vous du mouvement, le mois de septembre est bien rempli.
Je serai notamment présent à Paris, où les Scouts et Guides de France participeront à la veillée au Stade de France. Nous allons aussi essayer de transmettre la lettre écrite par les jeunes lors du rassemblement Clameur de l’été dernier.
Nous voulons également tenir notre place dans l’organisation avec les autres mouvements de scoutisme. C’est un moment d’amitié entre les différents mouvements et une occasion de vivre ensemble notre service auprès des jeunes. Et nous serons également présents à Lourdes.
Cette nouvelle mission commence donc avec beaucoup de projets. Mais ce qui demeure au cœur de tout cela, c’est la même conviction : accompagner les jeunes, les écouter, les aider à grandir et leur permettre de découvrir qu’ils ont une place dans l’Église et dans le monde.