Père Jun, notre prêtre au cœur des JMJ de Séoul


Prêtre du diocèse de Séoul, le père Jun est en mission dans l’Aude. Il a accompagné la délégation française à la réunion préparatoire des JMJ, en Corée du Sud. C’est une fierté pour notre diocèse. Il mettra son expérience au service de nos jeunes, héritiers de Mgr Bruguière, premier vicaire apostolique de Corée, né dans l’Aude. Rendez-vous le 14 novembre à Raissac-d’Aude, avec notre évêque, pour lancer l’aventure. Interview.

Père Jun, vous avez récemment intégré le comité national de préparation des prochaines Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) à Séoul, en Corée du Sud. Comment avez-vous été appelé à rejoindre ce comité, quel est votre rôle au sein de cette équipe et quelles sont les principales missions qui vous sont confiées ?

Un dimanche matin de septembre, à la sortie de la messe, j’ai reçu un message de Mgr Bruno Valentin. Le cardinal Aveline, président de la Conférence des évêques de France avait pris contact avec lui : une délégation française devait se rendre à Séoul pour la réunion internationale préparatoire des JMJ, et il souhaitait vivement que je puisse l’accompagner. Mon évêque m’a donc transmis cette demande en me proposant de partir. C’était dix jours seulement avant le départ !

Avec Mgr Drouot, le P. Rémy, Sixtine et Melchior, nous sommes arrivés à Séoul avant le début de la session. Nous avons assuré plusieurs rendez-vous officiels : la visite à l’ambassade de France, la rencontre avec le comité local d’organisation des JMJ de Séoul, puis nous avons vécu les quatre jours et demi de cette rencontre internationale préparatoire.

De retour en France, le 3 octobre dernier, j’ai également participé à la réunion nationale des responsables diocésains des JMJ pour faire une courte présentation sur « L’Église coréenne d’aujourd’hui ». Comme les prochaines JMJ ont lieu à Séoul et que je suis moi-même prêtre du diocèse de Séoul, j’apporte toute l’aide possible pour faire le pont entre nos deux pays.

Les JMJ sont bien plus qu’un grand rassemblement : elles sont une expérience de foi, de rencontre et d’ouverture à l’Église universelle. Comment se prépare concrètement un tel événement, et quels sont aujourd’hui les enjeux et les défis pour permettre aux jeunes de France de vivre pleinement cette expérience à Séoul ?


Ces JMJ sont une chance magnifique pour nos jeunes Français. Pendant des siècles, le cœur de l’Église catholique a battu en Europe. La France, en tant que « fille aînée de l’Église », dispose d’un patrimoine spirituel et matériel exceptionnel. Mais en tant que prêtre étranger, j’ai parfois le sentiment que notre regard peut devenir un peu trop replié sur nous-mêmes.

Partir en Corée du Sud, c’est découvrir une culture et une ambiance d’Église totalement différentes. C’est rencontrer des milliers de jeunes du monde entier, en particulier d’Asie, et constater de ses propres yeux que la foi catholique n’est pas confinée à l’Europe : elle est universelle et pleine de diversité. Cela dit, de vrais défis nous attendent.

Le premier est d’ordre culturel. Cela passe par des détails très concrets : en Corée, croiser les jambes ou croiser les bras pendant la messe est perçu comme un manque de respect flagrant ; se moucher bruyamment en public est également très mal vu. Autre exemple : lors des journées en familles d’accueil, nos jeunes devront impérativement retirer leurs chaussures en entrant dans les maisons, ou encore apprendre à manger avec des baguettes, ce qui sera un petit défi quotidien !

Le second défi majeur reste le coût financier. Nous l’avons constaté lors des dernières réunions provinciales et nationales : le voyage tournera autour de 3 000 euros par personne. Beaucoup s’en inquiètent et certains disent même que les JMJ deviennent un événement pour les riches. Mais il faut être très clair : ce n’est pas le comité d’organisation qui a gonflé ses tarifs ; ce sont la hausse des cours du pétrole liée aux tensions internationales, le coût des billets d’avion et des assurances qui rendent ce voyage cher. Mais n’oublions pas que les JMJ ne sont pas un simple voyage touristique, c’est un pèlerinage.

Même avec ce prix de 3 000 euros, je suis convaincu que nos jeunes recevront une expérience spirituelle inestimable, qu’on ne pourrait pas acheter même pour 5 000 euros. Vivre la communion avec l’Église universelle, rencontrer le Saint-Père, faire l’expérience de la foi fervente et de l’hospitalité coréenne : tout cela vaut largement la peine de consentir ces sacrifices.

Vous êtes désormais engagé dans cette préparation nationale tout en étant prêtre de notre diocèse. Qu’aimeriez-vous transmettre aux jeunes de notre diocèse à travers cette mission, et comment pouvons-nous, localement, nous préparer à vivre ensemble cette aventure des JMJ à Séoul ?


« Il existe un lien historique très fort entre l’Église de France et celle de Corée. L’Église coréenne a grandi grâce au sang et au don de soi des prêtres et des évêques des Missions Étrangères de Paris (MEP), puis s’est fortifiée dans les années 70 et 80 grâce au dévouement des pères du Prado auprès des plus pauvres. Si l’Église de Corée est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est en grande partie grâce à la France. Aujourd’hui, les jeunes Français vont aller récolter les fruits de cette semence. J’espère de tout cœur qu’en découvrant la jeunesse, l’énergie et l’accueil chaleureux de l’Église coréenne, ils reviendront chez nous transformés, prêts à témoigner avec feu de leur foi, comme de véritables apôtres et missionnaires d’aujourd’hui.


Enfin, pour les jeunes de notre diocèse de Carcassonne et Narbonne, le lien est encore plus personnel et émouvant : le premier vicaire apostolique de Corée, Mgr Barthélemy Bruguière, est né ici, dans l’Aude, chez nous ! À une époque où tout le monde jugeait cette mission impossible et trop dangereuse, il a dit : « J’irai ! » et il a ouvert la route vers la Corée. Même s’il est mort d’épuisement avant d’avoir pu franchir la frontière, son ardeur missionnaire et son amour pour la Corée ont inspiré ses confrères prêtres, qui ont suivi sa voie et sont devenus, pour beaucoup, les saints martyrs de Corée.

Les jeunes de notre diocèse sont les héritiers spirituels de Mgr Bruguière. Malgré le choc culturel, la distance et le budget, je sais qu’ils ont le tempérament pour relever ce défi avec audace. Pour lancer ce chemin, nous nous retrouverons le 14 novembre prochain à Raissac-d’Aude, dans son village natal, là où il a été baptisé et a grandi, pour une première rencontre avec notre évêque. Nous présenterons les JMJ, nous ferons découvrir la culture et l’histoire chrétienne de la Corée ainsi que la figure de Mgr Bruguière, et nous nous mettrons ensemble en prière pour ouvrir cette belle aventure.